CARACTÉRISTIQUES:
 Longueur: 103 m.
Largeur: 11,50 m.
Tirant d'eau: 4,30 m.
Déplacement: 1750 T.
2 hélices.
16 000 cv.
25 nœuds (46 kms/h).
 
Armement:
Antiaérien: 3 tourelles de 100 AA - 2 Canons de 30 AA.
Anti-sous-marin: 1 mortier ASM de 305 - 2 plates-formes triples de tubes lance-torpilles ASM.
 
Le Commandant Bory, est le troisième aviso-escorteur d'une série qui a compté neuf unités. Mis sur cale à Lorient en mars 1958, il sera mis à flot le 11 octobre de la même année et admis au service actif le 5 mars 1964. C'est le troisième bâtiment à porter le nom de Victor Bory, cet officier qui s'illustra au Tonkin et au Annam.
Il est doté à l'origine d'une propulsion par turbines à gaz, totalement différente des autres bâtiments de la série. Peu fiable, cette propulsion entraînera de multiples avaries, qui conduiront à une refonte complète à Cherbourg en 1972-73 et à la mise en place de moteur diesel plus fiables. Le Commandant Bory est aussi l'aviso-escorteur qui connaîtra le plus d'évolutions techniques au cours de sa longue carrière, c'est notamment le premier bâtiment de la Marine à être équipé de missiles Exocet.
Le Commandant Bory, a passé quasiment toute sa vie outremer, affecté alternativement en Atlantique sud, en Océan Indien et dans le Pacifique sud.
Il est sans aucun doute l'aviso-escorteur qui a montré le pavillon dans le plus grand nombre de ports du monde. Alternant les croisières au bout du monde et les missions de guerre, il aura également été un des derniers bâtiments basé à Diego Suarez (Madagascar). Nombreux sont les marins qui y ont été affectés, et qui parlent encore de ce bâtiment attachant avec beaucoup de nostalgie.
Mis en réserve spéciale le 1er septembre 1996. Il est désarmé le 27 décembre de la même année sous le numéro Q729. Après avoir servi de brise-lames devant le club nautique de la Marine à Brest, il a été coulé comme cible de tir le 25 février 2004.
 
 Les commandants de l'aviso-escorteur Commandant Bory
Capitaine de frégate Alain Foucardier 9 septembre 1962.
Capitaine de frégate Pierre Chastellier 22 février 1964.
Capitaine de frégate Hubert Pierre Duplaix 22 février 1965.
Capitaine de frégate André Fritsch 3 mars 1966.
Capitaine de frégate Pierre Ménettrier 12 juin 1967.
Capitaine de frégate Jean Montpellier 1er juin 1968.
Capitaine de frégate Bernard Klotz 28 juin 1969.
Capitaine de frégate André Lemaire 9 juillet 1970.
Capitaine de frégate Jean-Marie Martn 29 septembre 1971.
Capitaine de frégate Jacques de Seynes 2 février 1973.
Capitaine de frégate Gabriel O'Byrne 15 mars 1975.
Capitaine de frégate Emile Tessier 9 mars 1976.
Capitaine de frégate Aymard de Vivie de Régie 21 mars 1977.
Capitaine de frégate Paul Allard 14 mars 1978.
Capitaine de frégate Jean Martin de Marolles 16 mais 1979.
Capitaine de frégate Gilbert Poher 21 mai 1980.
Capitaine de frégate François Lafargue 21 octobre 1981.
Capitaine de frégate Dominique Planchon 9 octobre 1982.
Capitaine de frégate Jean Luc Delaunay 8 octobre 1983.
Capitaine de frégate Olivier Ducru 9 octobre 1984.
Capitaine de frégate Alain Paquier 11 octobre 1985.
Capitaine de frégate Amaury Pourcher de Ruellé du Chéné 21 février 1987.
Capitaine de frégate Alain Dumontet 17 février 1988.
Capitaine de frégate Pierre-Yves Beau 23 février 1989.
Capitaine de frégate Christian Ract-Madoux 27 février 1990.
Capitaine de frégate Pierre Maillard 28 février 1991.
Capitaine de vaisseau Louis Dubessey de Contenson 19 juin 1992.
Capitaine de frégate Franck Somon 28 juin 1993.
Capitaine de frégate Jacques Marion 10 août 1994.
Capitaine de frégate Philippe Logier 10 août 1995.
 
 
Caractéristiques principales.
 
 
 Données générales:
Dimensions: 102,70 (ht) x 10,80 x 4,35 mètres.
Déplacement: 1960 t lège (2170 tpc).
Distance franchissable: 2300 nq à 26 nds, 7500 nq à 16.5 nds.
 
Détection:
1 radar de veille combinée DRBV-22A.
1 radar de navigation Decca 1226.
1 radar de conduite de tir DRBC-32C.
Guerre électronique:
1 détecteur de radar ARBR-16
2 lance-leurres Dagaie
 
Équipage:
9 officiers + 66 officiers mariniers + 91 quartiers-maîtres et matelots
Énergie - Propulsion:
Moteurs: 16 (2x8) générateurs à pistons libres Sigma Pescara GS34 + 2 turbines à gaz.
Après refonte: 4 diesels SEMT Pielstick 12PC1V400.
Hélices: 2 hélices.
Puissance: 16 000 CV (11 770 KW).
Usine électrique: 4 diesels-alternateurs.
Puissance électrique: 1 280 kW (4 x 320 kW).
Vitesse maximale: 26 nœuds.
Armement:
3 (puis 2) canons de 100 mm antiaérien modèle 1953.
2 canons de 40mm antiaérien.
4 mitrailleuses de 12.7 mm.
4 missiles MM38 Exocet.
 
Le Commandant Bory est l'aviso-escorteur qui connaîtra le plus d'évolutions au cours de sa longue carrière:
" Mise en place du détecteur de radar ARBR16 en remplacement de l'ARBR-10;
" Installation de 2 lance-leurres Dagaie et des leurres gonflables Replica;
" Ajout de l'infrastructure BSM (Brouilleurs Simplifiés Marine);
" Remplacement du radar de conduite de tir DRBC-32A par un DRBC-32C;
" Suppression du radar DRBV-50 et mise en place du radar de navigation Decca 1226;
" Remplacement de la tourelle de 100mm n°2 par 4 missiles MM38 Exocet (IPER 1974-75);
" remplacement des 2 canons de 30mm HS831 d'origine par 2 canons de 40mm ;
" Mise en place d'Inmarsat;
" Montage d'une plate-forme sur le roof du mortier destiné à recevoir le missile Mistral version "terre" pendant la guerre du Golfe;
" Débarquement de tous les équipements anti-sous-marins au cours de l'IPER 1991 (TLT, mortier, les sonars DUBA3 et SQS17)
" Refonte de la propulsion (voir ci-dessous).
 
La refonte complète de la propulsion (1972-73) :
À l'origine, les deux salles des machines (avant et arrière) du Commandant Bory comprenait chacune 8 générateurs à pistons libres Sigma Pescara G.S.34 alimentant une turbines à gaz Rateau et une hélice à pales orientables et réversibles KaMeWa. Ce système de propulsion est comparable à ceux d'une partie - précisément vingt et un - des dragueurs côtiers de la classe Sirius (dits "Europe occidentale").
À l'usage cette installation s'avérera extrêmement fragile, occasionnant de nombreux déboires et des avaries à répétition et majeures que l'arsenal de Diégo aura beaucoup de mal à réparer. L'IPER de 1970-71 à Diégo (qui durera plus d'un an!) tentera de remédier (en partie) à ces défaillances. Mais la propulsion ne sera toujours pas fiable pour autant. Durant les mois qui suivront cette IPER, le Commandant Bory se trouvera encore, à plusieurs reprises, en indisponibilité accidentelle (obérant près de la moitié du temps de cette période!). Ce qui décidera l'état-major à résoudre le problème une fois pour toute, par une refonte majeure en métropole.
C'est pourquoi le Commandant Bory rejoindra Cherbourg, via le Cap, au printemps 1972. C'est là que ses générateurs Sigma (et turbines à gaz) seront débarqués et remplacés par les mêmes diesels SEMT Pielstick PC12 que les autres aviso-escorteurs (sauf le Balny qui avait et conservera son système CODAG).
Pour sécuriser son transit vers Cherbourg, il fallu même fournir un accompagnement au Commandant Bory, de bout en bout de sa traversée. Escorte assurée de Diégo au Cap par l'aviso-escorteur Protet, puis du Cap à Cherbourg par l'escorteur rapide Le Champenois.
 
Une histoire de l'aviso-escorteur Commandant Bory (1958-1985)
(Source : Marines n°45,46 et 47 - article de Bernard Dumortier).
Mis sur cale à Lorient en mars 1958, il sera mis à flot le 11 octobre de la même année. Sous le commandement de son premier pacha, le capitaine de frégate Alain Fourcadier, le bâtiment prit armement pour essais le 9 juin 1962. L'armement définitif fut déclaré le 1er février 1963 et sa clôture prononcée le 20 août de la même année.
 
Croisière d'endurance.
Le Commandant Bory appareille le 4 octobre 1963 pour une croisière d'endurance autour du continent africain via la Méditerranée. Il fait successivement escale à Gibraltar, à Palerme et à Beyrouth avant de franchir le canal de Suez le 24 octobre. Il relâchera à Diego-Suarez à Simonstown et à Abidjan puis traversera l'Atlantique pour les Antilles françaises les 12 et 28 décembre. Avant de retrouver Lorient le 17 janvier, le bâtiment effectue deux dernières escales l'une à Dakar et l'autre aux Canaries. Le 22 février, le CF Pierre Chastelier prend son commandement. À l'issue de cette longue croisière, L'aviso-escorteur Commandant Bory F726, sera admis au service actif le 5 mars 1964.
 
Affectation en ZMAS.
Le 13 avril 1964, le Bory quitte Lorient pour gagner la III, région maritime ; il rallie Toulon quatre jours plus tard et reste en Méditerranée jusqu'au 1er décembre, date à laquelle il est affecté dans la zone maritime de l'Atlantique sud. Le bâtiment rallie Dakar le 12 décembre après avoir touché Gibraltar et relâché à Santa-Cruz. À partir du 24 décembre, il croisera le long des côtes d'Afrique effectuant de nombreuses visites aux anciens ports de l'Union française, jusqu'à Libreville. Le CF Hubert Pierre Duplaix devient son 3ème pacha le 22 février 1965. L'aviso appareille le 8 septembre 1965 de Victoria au Cameroun, pour le Brésil où il effectuera deux escales; à Recife du 16 au 20 septembre et à Belem du 23 au 25 septembre. Il relâche deux jours plus tard à Cayenne et fait escale aux Antilles françaises, à Belize et à la Nouvelle-Orléans avant de repasser à Fort-de-France. L'aviso-escorteur rentre à Dakar le 30 novembre après une halte à La Praya. Le 3 mars 1966, le CF André Fritch se fait reconnaître nouveau commandant. Le 25 avril, le Bory quitte à nouveau le Sénégal pour une semaine à Abidjan puis entreprend un deuxième voyage en Amérique du sud avec escale à Recife du 10 au 16 mai et à Rio de Janeiro du 19 au 26. Il rentre à son port d'attache, passant par l'île Sainte-Hélène avec escale à Pointe Noire, Douala et Cotonou.
 
Affectation en ZMOI.
Le Commandant Bory part le 12 juillet 1966 pour Lorient (qu'il touche deux semaines plus tard) et entre en grand carénage. Le 7 février de l'année suivante, il quitte le port de l'Atlantique pour gagner Toulon le 12 février, où il séjournera jusqu'au 6 mars. Puis il rejoint la base navale de Diego-Suarez, son nouveau port d'attache; il arrive à Madagascar le 2 avril. Auparavant il a touché le port de Beyrouth où il fait escale du 10 au 13 mars. De 1967 à 1971, l'aviso-escorteur mènera une vie très active dans cette vaste zone maritime qu'est l'océan Indien; des nombreuses missions de présence et de représentation, notamment une croisière en mer Rouge et dans le golfe Persique (du 5 février au 21 mars 1968) qui l'a conduit à Massawa, à Bombay et Colombo. Les capitaines de frégate Pierre Ménettrier et Jean Montpellier prennent successivement le commandement du Bory le 12 juin 1967 et le 1er juin 1968.
Le 2 décembre 1968, l'équipage est en deuil : un attentat perpétré dans un bar de Diego-Suarez entraîne la mort des quartiers-maîtres Lagadec et Rémy. Plusieurs autres marins du Bory sont également blessés. Une charge explosive de forte puissance avait été posée sur le toit en tôle de la piste de danse de chez Pauline à Tananbo dans la banlieue de Diego Suarez.
L'année suivante, il croisera près de deux mois dans les parages et. relâchera à Djibouti, Karachi et Bombay. Le CF Bernard Klotz est le nouveau pacha depuis le 28 juin. Son bâtiment rejoint le Port des Galets à La Réunion d'où il appareille le 24 décembre pour une mission de surveillance des pêches dans les eaux des terres australes et antarctiques françaises. Au cours de cette mission à Amsterdam et Saint-Paul, le Bory saisit un chalutier étranger, le Maria-Martina, avec sa cargaison de casiers et le ramène à La Réunion le 7 octobre. Entre le 5 décembre 1969 et le 11 février 1970, le Bory, toujours lui, effectue à nouveau une mission de présence en mer Rouge et dans le golfe Persique. Le premier trimestre 1970 est marqué par un grand carénage à Diego-Suarez (une IPER du 15 mars 1970 au 30 mars 1971) au cours duquel les turbines Rateau sont remplacées par des turbines Alsthom. Le CF André Lemaire prend commandement 9 juillet 70 jusqu'au 29 septembre 1971, date à laquelle le CF Martin lui succède. Après cette année d'immobilisation, le bâtiment reprend la mer et relâchera dans quelques ports d'Afrique orientale avant de rentrer à Diego-Suarez fin septembre. Le 22 février 1972, est une date importante dans la vie du Bory; elle signifie son retour en France... pour refonte. Dans son transit vers Cherbourg qu'il atteindra le 20 avril, il fera escale au Cap, à Saint-Paul de Luanda, à Abidjan, à Dakar et Lisbonne.
 
Résurrection
Depuis quelques années Le Commandant Bory connaissait divers péripéties liées à son appareil propulsif. Des avaries de turbines, dont certaines ont gravement compromis l'intégrité du bâtiment, ont justifié le changement de la propulsion d'origine. Le Département, sur la foi des rapports des commandants qui se sont succédé, a même envisagé son désarmement anticipé! Les réparations dureront huit mois, avant que le bâtiment ne gagne Brest le 12 décembre, date à laquelle il passe sous le commandement organique de l'amiral commandant les forces maritimes de la 2ème région. De la fin de cette année 1972 au 6 décembre 1973 (date de son retour à Lorient), le Commandant Bory accomplit des corvées, au profit de l'École navale notamment. Le 2 février 1973, le CF Jacques de Seynes prend ses fonctions de commandant. Au 1er février 1974, la Marine décide de donner une seconde vie au Bory en faisant procéder au remplacement de ses machines. Par ailleurs le bâtiment voit débarquer sa tourelle n°2 (sur les trois tourelles de 100 embarquées) pour faire place à l'installation de deux rampes de missiles Exocet MM38. Le bateau entre en réarmement pour essais le 15 mars 1975, avec le CF Gabriel O'Byrne comme nouveau commandant. Le bateau restera en grand carénage jusqu'au 15 août. La difficile mise au point et le réglage de l'appareil propulsif retardera de deux mois son admission au stage du Centre d'entraînement de la Flotte qui se déroule à Toulon du 22 octobre au 2 novembre.
 
L'aviso-escorteur Commandant Bory, lors d'un chenalage d'accès à Porsmouth (UK), au cours d'une corvette Ecole navale (début 1973 - Photo CF Alain Le Bail).
 
Retour dans l'océan Indien.
Vingt jours plus tard, le nouvel aviso-escorteur appareille pour Djibouti (via Palerme et Suez) qu'il atteint le 5 décembre. Le bâtiment est alors placé sous l'autorité d'ALINDIEN. Moins de deux semaines après avoir rallié la ZMOI, il appareille pour l'île française de Mayotte (l'archipel des Comores a accédé à son indépendance quelques mois plus tôt, à l'exception de Mayotte).
Cette mission de surveillance durera jusqu'en avril 1975 avec quelques répits: 24 jours à La Réunion, 10 jours à Maurice et 5 jours à Mombasa. Du 19 juillet 1975 au 12 février 1976, le Bory subit une IPER (indisponibilité périodique pour entretien et réparations) à La Réunion. Jusqu'en février 1977, le bateau aura une activité diversifiée, sillonnant les sous-zones 51 (ZMOI nord) et 52 (ZMOI sud). Le 21 mars 1977, le capitaine de frégate Aymard de Vivie de Régie succède au commandant Emile Tessier qui était pacha depuis le 9 mars de l'année précédente. Des missions de présence amènent le bâtiment et son équipage à croiser dans le golfe Persique, autour des archipels Seychelles et Maldives. Le bâtiment relâche en Inde puis 7 jours à Mombasa, avant d'effectuer, une mission hydrographique de trois semaines aux Glorieuses (levée de fonds de la côte Nord et Ouest). Pendant ces trois semaines, l'équipage en profite pour baptiser les néophytes. Il est original de franchir la ligne avec l'ancre mouillée sur 30 mètres.... Suit une patrouille de surveillance du trafic maritime dans le canal de Mozambique où la France possède les îles d'Europa et Juan de Nova, habitées par des météorologistes et des militaires du RIMa de la Réunion, ainsi que Bassas da India, île déserte.
En juin 1977, le Bory est présent à Djibouti le jour de l'indépendance du Territoire et assiste à la naissance de la République de Djibouti, présidée par Hassan Gouled Aptidon. L'aviso-escorteur effectuera un séjour d'entretien à Mayotte et participe à l'exercice Saphir impliquant des unités navales américaines et britanniques. Le 16 août 1977, à quai dans le port de Djibouti, le Commandant Bory fut victime d'un sérieux accident lors d'un fort coup de "khasmsin". À couple de son frère jumeau, le Victor Schoelcher, il est pris en sandwich. D'importantes avaries sont relevées sur les œuvres mortes; la coque est enfoncée avec flambage de cinquante deux couples et une perte de l'étanchéité du compartimentage est constatée. Malgré ses dommages le Bory quittera l'océan Indien le 23 décembre pour rejoindre Tahiti. En cours de route, il fera escale à Singapour, Bali, Cairns (Australie) et Nouméa, pour rallier Papeete vers le 15 février 1978.
 
Affectation dans le Pacifique
Dès son arrivée à Papeete, le bâtiment endommagé entre en IPER à la DCAN de Faré Uté d'où il en ressortira le 19 août 1978, la coque restaurée. Entretemps, le CF Paul Allard avait été reconnu tomana (commandant, en tahitien), le 14 mars 1978. La première mission du Bory en Polynésie s'effectue sous l'autorité d'ALPACI durant les mois de septembre et octobre: une mission de présence dans la sous-zone 72 (Pacifique austral). Puis il accomplit trois missions de surveillance météorologique dans le sud-est de la Polynésie autour du polygone d'expérimentations nucléaires, lors d'une campagne de tirs. Il subit deux périodes d'IE du 10 décembre 1978 au 20 janvier 1979. Le 2 février, le bâtiment est victime d'une complète avarie de (appareil à gouverner, au moment où il se présente dans la passes de Papeete: la quille heurte un pinacle de corail provoquant de légers enfoncements de tôle. Le bateau est à nouveau en PEI du 17 avril au 12 mai. Le CF Jean Martin de Marolles prendra le commandement le 16 mai. Durant le second semestre de cette année, le Commandant Bory sillonne les eaux archipélagiques du territoire, puis accomplira deux missions de six et sept semaines autour des Nouvelles Hébrides et de la Nouvelle-Calédonie. De retour à Papeete en décembre, l'aviso-escorteur reçoit l'ordre de rejoindre la métropole. À l'issue de son long transit de retour (50 jours), au terme duquel il touchera Lorient le 28 janvier 1980, le Bory participe activement au sauvetage du pétrolier Tanio le 7 mars. Cette assistance vaudra à l'aviso-escorteur et à son équipage, un témoignage de satisfaction du ministre de la Défense Yvon Bourges.
 
Une année à quai.
Placé sous le commandement du commandant de la Marine à Lorient, le Bory est mis pour emploi aux ordres de CECLANT jusqu'à son entrée en IPER le 14 avril 1980. Lors de ce carénage qui se prolonge jusqu'au 2 janvier 1981, l'aviso-escorteur embarque le système lance-leurres Dagaie. Le bateau mène ses essais à la mer jusqu'au 20 février, puis il appareille le 23 février pour Toulon qu'il gagne cinq jours plus tard. Du 2 au 9 mars il accomplit une SURMED et effectue des essais du Dagaie. De retour à Lorient pour y suivre un stage CEF du 10 au 27 mars, le bâtiment reçoit la visite du Comar Lorient pour une inspection générale à la mer le 6 avril.
 
Retour en Nouvelle-Cythère.
Le 14 avril, le bâtiment reprend la mer pour le Pacifique sud. Le "Bory chéry" (comme l'appellent les Polynésiens en chantant le nom et en roulant les "R", après l'avoir baptisé "Bory pourri" à l'époque où le bateau présentait les stigmates de ses avaries), retrouve la Nouvelle-Cythère le 1er juin. Il partage ses activités opérationnelles entre les missions de souveraineté et les opérations liées aux expérimentations nucléaires. Durant l'année 1981, il subira deux IE à la DCAN de Papeete du 1er juin au 6 juillet, puis du 14 septembre au 12 octobre. A l'issue de cette dernière indisponibilité, le capitaine de frégate François Lafargue succède au capitaine de frégate Gilbert Poher qui commandait depuis le 21 mai 80. L'année suivante il accomplit diverses missions dans les archipels polynésiens et voisins du territoire et effectue une campagne de représentation en Nouvelle-Zélande. Lors d'une tournée de souveraineté menée au profit du haut-commissaire de la République dans l'archipel des Tuamotu, le capitaine de frégate Dominique Planchon prend le commandement du Bory. C'est à cette époque qu'un orchestre folklorique "Les Popaa du Bory" est né. Il a produit une cassette qui eut beaucoup de succès et dont les chansons occupèrent longtemps le hit-parade des radios tahitiennes et animent encore les "bringues marines"...
 
À la poursuite des cyclones.
En 1983, la Polynésie est balayée par six cyclones. La région n'avait pas connu pareils météores depuis 1907! Les services météorologiques n'ayant pas de radar, on confia au Bory (doté d'un grand aérien de veille), la mission de poursuivre l'œil des cyclones Veena et William ! En outre, il porta assistance aux victimes des cyclones sur les atolls des Tuamotu et procéda à leur évacuation. Le bâtiment accomplit quelques missions de présence en Nouvelle-Calédonie et à Wallis et Futuna avant de faire deux escales de représentation à Sydney et à Wellington.
 
Croisière jaune.
Le 18 octobre, le capitaine de frégate Jean Luc Delaunay prend le commandement. Trois jours plus tard, il emmène l'aviso-escorteur et son équipage dans l'archipel des Australes. Le mois suivant le Bory représente la France à Tonga où il participe aux festivités officielles qui commémorent l'anniversaire du roi. Au mois de décembre, c'est au tour des insulaires des Tuamotu orientales de revoir la silhouette du Bory. L'année 1984 commence par une tournée de présence de deux semaines dans le lointain archipel des Marquises. Mais cette année là sera marquée par une exceptionnelle "croisière jaune", accomplie du 2 avril au 15 juin. Outre les escales traditionnelles (Indonésie, Corée et japon), le Commandant Bory fait escale à Shanghaï où il est accueilli très officiellement. C'est le troisième bâtiment français à relâcher dans un port de l'Empire du Milieu. L'escale s'inscrivait dans le cadre des célébrations du 20ème anniversaire de la reconnaissance de la république Populaire par la France. Au Japon, l'équipage du Bory représentait la France aux côtés de notre ambassadeur, lors des cérémonies marquant le 50ème anniversaire de la mort de l'amiral Togo (héros de la bataille de Tsushima contre la flotte russe), auxquelles les marines alliées étaient invitées. Sur le long transit de retour, le bâtiment fera une escale dans la base stratégique américaine de Guam, aux Mariannes.
Du 27 août au 26 septembre l'aviso-escorteur reprend la mer pour montrer le pavillon sur la côte Est de l'Australie. De retour au fenua (pays, en polynésien), le Bory va porter secours au BDC Blavet au large des Iles sous-le-vent, victime d'un incendie dans le compartiment des machines. La seule victime de cette sortie des familles sera le bâtiment dont le désarmement sera prononcé quelques mois plus tard.
 
Missions de police en Nouvelle-Calédonie.
D'octobre à novembre l'aviso-escorteur, sous le commandement du CF Olivier Ducru, effectuera une mission "météo" dans le Sud-est de la Polynésie au profit du CEP. À la mi-novembre, il reçoit l'ordre d'appareiller pour la Nouvelle Calédonie (située à 2500 nautiques à l'ouest de Tahiti). Il croisera autour du "Caillou" jusqu'au 28 décembre. L'année 1985 sera étroitement liée aux événements qui se déroulent sur ce territoire. Les avisos-escorteurs et les patrouilleurs exerceront des missions de contrôle et de police en prévention de trafics d'armes. Le Bory séjourne à nouveau en Calédonie du 18 février au 21 mai. Au cours du mois d'avril, le chalutier Océanien s'échoue sur le récif de Poum, à l'extrémité septentrionale de la Grande-Terre. C'est le Bory qui mènera l'opération d'assistance. Le 10 mai, le sous-marin nucléaire d'attaque Rubis fait escale à Nouméa après avoir accompli sans soutien, la moitié de sa circumnavigation. C'est encore le Bory, amarré à couple, qui est chargé de la protection du SNA dans la base marine de Chaleix. Il accueillera à son bord le ministre de la Défense, Charles Hernu venu inspecter les forces armées du territoire.
 
Tahiti à Lorient par le cap Horn
Entre ses missions de surveillance autour du territoire qui vit au rythme des barricades et du couvre-feu, l'aviso-escorteur fera escale à Tadine, en baie de Koua et à Poindimié. Sur le chemin du retour à Tahiti prévu le 24 juin, le Bory relâche deux jours à Bora-Bora. L'aviso-escorteur passe les fêtes du Tiurai (14 juillet) et appareille le 28 juillet pour la métropole. Il franchit le cap Horn, fait escale à Buenos Aires, Montevideo, Rio de Janeiro et Santa-Cruz de Tenerife. Il touche Lorient le 20 septembre et entre en IPER le 7 octobre 1985.
 
L'aviso-escorteur Commandant Bory en mer rouge pendant une mission Artimon
(1992 - Photo Jean-Luc Banda).