Mousse-Novice-Matelot léger
Messageries Maritimes Marseille
La Marseillaise :Paquebot.
Le Ville d'Amiens : Cargo Mixte.
Le Sagittaire : Cargo Mixte.
Le Gascogne : Paquebot.
Le Compiègne : Cargo Mixte Civil.
S N C F : Sous Traitant poseur de voies.
Tout petit mon père voulait, nous inculquer le goût du travail. Aussi à sept ans il me faisait garder un troupeau, pendant les vacances scolaires. Cela m'apprit à me débrouiller pour faire face aux problèmes que peut poser un troupeau d'une vingtaine de moutons et de cinq vaches.
J'ai quitté l'école, à notre arrivée en France, à Velaux, en janvier 1947, je n'avais pas 13 ans, et pas le certificat d'étude.
Mon père me plaça aussitôt chez un paysan, à Lafare les oliviers, (Bouches du Rhône), comme garçon de ferme. Je travaillai trois mois pour ma nourriture. A cette époque on était bien heureux, à mon âge, de travailler ne serai ce que pour la nourriture. Puis, je partis à Rognac (Bouches du Rhône) chez un cousin, qui avait des terres, et avec lequel je travaillai quelque temps. J'apprit au cours de ces deux stages, à labourer, à faucher, à ramasser les fruits et les légumes enfin pour tout dire, à m'occuper de la terre et de ce qu'elle peut produire.
 
Manosque
Porte soubeyran

 En 1948 on déménagea à Manosque, ou mon père prit la gérance d'une épicerie.

 

J'étais souvent chargé d'approvisionner les denrées et légumes que j'allais chercher chez les grossistes avec une petite remorque a pieds.

 

L'été nous allions ramasser les pommes de terre, les fruits, faire les vendanges, etc..

Au mois de septembre, mon frère, mon aîné de dix huit mois, devait passer l'examen d'entrée à l'école d'apprentissage maritime à Marseille.

Ayant des problèmes sentimentaux à Manosque je voulais partir, je dis donc à mes parents que je voulais également présenter l' examen en question, pour ètre marin.
Mon frère ne fut pas pris pour cause de santé, quant à moi, je rentrai à l'école d'apprentissage maritime au mois d'octobre 1948. 

En Juillet 1949, j'obtiens le CAP de mécanicien de marine. Je suis mousse (j'ai moins de 16 ans.)

Mais mes ennuis sentimentaux ayant cessé, je ne voulais plus partir naviguer.

C'est pour cette raison qu'ayant eu le CAP en juillet 1949, je n'ai embarqué qu'au mois de mai 1950.

 
C'est mon père qui me trouva un embarquement, et m'amena avec mes bagages à bord,craignant que je ne parte pas.
Porte Saunerie
 
 
La Marseillaise
 Le 02 mai 1950, mon père m'embarque sur la marseillaise, paquebot des Messageries maritimes à Marseille, comme novice, (j'ai plus de 16 ans).
Paquebot

Caractéristiques:
longueur: 181 m, largeur: 23 m.
jauge brute: 17408 tx.
port en lourd: 6830 tonnes.
déplacement: 18894 tonnes.
passagers: 279 premières, 76 secondes, 318 rationnaires.
propulsion: 3 moteurs Sulzer à deux temps (diesel). entrainant 3 hélices.
puissance: 25000 CV Vitesse: 21 nœuds, 1 cheminée.
Destination le Japon, via, Port Saïd, Canal de suez, Suez, (Egypte), Djibouti, (Cotes Française des Somalis), Bombay, (Inde), Colombo,(Ceylan), Singapour, (Malaisie) Saigon, (Indochine), Manille, (Philippines), Hong kong, (Chine), Kobe, Yokohama, (Japon). Retour à Marseille, le 05 juillet 1950.
 
Djibouti, Cotes Française des Somalis.
Le Palais du Gouvernement.
Le 06 juillet 1950, je suis débarqué pour raison de santé. Maladie, congé, jusqu'au 25 août 1950
 
 Le Ville d'Amiens
Le 19/10/1950, après un mois et vingt quatre jours de chômage non rémunéré, j'embarque sur le"Ville d'Amiens".
 Cargo Mixte. Caractéristiques:
longueur: 131 m.
jauge brute: 7142 tonnes.
déplacement: 13800 tonnes.
passagers: 32 premières, 58 secondes, 478 en entrepont.
propulsion: turbine à vapeur Bauer Wachs.
chauffe au charbon, 1 cheminée.
Je n'ai pas le temps de quitter Marseille, le 07 novembre 1950 j'ai un accident, ma main passe dans une poulie avec le câble. Inutile de vous dire le carnage. Direction l'hôpital Desbief à Marseille. Après l'hospitalisation et le congé maladie, rééducation, je suis disponible à l'embarquement le 31 décembre 1950.
 
Le Sagittaire
Le 04 juin 1951, j'embarque sur le "Sagittaire", cargo mixte, comme matelot léger, (j'ai plus de 17 ans), après un peut plus de cinq mois de chômage non rémunéré.

Cargo Mixte.

Caractéristiques:
longueur HT: 150 m , largeur: 18,66 m.
jauge brute: 8254 tx.
port en lourd: 10 400 tonnes.
déplacement: 16900 tonnes.
passagers: 37 premières, 45 secondes, 38 troisièmes, 358 rationnaires.
Propulsion: 2 moteurs diesel deux temps.
Puissance: 6300 CV, vitesse: 14 nœuds, 1 cheminée.
Direction le Pacifique, via, Détroit de Gibraltar, Point à Pitre, (Guadeloupe), Fort de France, (Martinique), Panama, ( Amérique centrale ) Tahiti, (Polynésie), Suva, (Fidji), Porto Vila, (Nouvelles Hébrides), Nouméa, (Nouvelle Calédonie). Retour à Marseille après quatre mois et demi .
 
J'ai débarqué du Sagittaire le 17 avril 1952, après deux voyages.
En congé du 18 avril au 19 juin 1952.
Le Gascogne, Ex Georges Washington.
Le 01 août 1952, après un mois et demi de chômage non rémunéré, j'embarque sur le "Gascogne" paquebot conçu pour les pays froids, et, envoyé dans les pays chauds. La température à bord était insoutenable. Nous devons le conduire en Indochine, où, le bâtiment serait pris par un équipage Vietnamien. Ce qui fut fait.
Je fus rapatrié, après avoir passé 11 jours dans un centre d'accueil à Saigon, sur un petit avion bimoteur, d'aigle Azur. Nous atterrissions pour déjeuner à midi, et le soir pour souper et dormir. Ce voyage assez plaisant dura trois jours.
 
 Paquebot
Caractéristiques:
Longueur: 118m.
Jauge brute: 5195 tonnes.
Déplacement: 6500 tonnes.
Passagers: 82 première, 96 secondes, 570 troisièmes.
Propulsion: 2 turbines, 4500 cv, 15 nœuds.
Congé du 07 octobre au 18 octobre 1952.
 
Le Compiègne.
Je rembarquais le 18 janvier 1953, après deux mois et demi de chômage non rémunéré, sur "le Compiègne", Cargo Mixte.
 
Caractéristiques:
Longueur:152 m, jauge brute: 10828 tonnes.
Déplacement: 16137 tonnes.
Passagers: 117 premières, 84 secondes, 310 troisièmes, 526 rationnaires.
Propulsion: 2 turbines à vapeur, 6 chaudières au charbon puis au mazout après 1947, 1 cheminée.
Direction Madagascar, en passant par:

Port Saïd, Canal de suez, Sue, (Egypte), Djibouti, (Cotes Française des Somalis), Mombasa (Kenya), Moroni, Dzaoudzi, (Archipel des Comores), Mahé, (les Seychelles), Majunga, Diego Suarez,Tamatave, (Madagascar),

St Denis, (la Réunion), Port Louis, (île Maurice), puis retour. Je fis deux fois ce voyage.

Puis le bâtiment fut désigné pour emmener les musulmans du Maroc, de l'Algérie, et de la Tunisie, en pèlerinage à la Mecque Je ne me rappelle plus le moment exact, mais nous avons du faire ce voyage en septembre.

 Après avoir chargé les cales de pavés pour les routes afin de donner de la stabilité au bâtiment, nous partîmes:

 

Casablanca, (Maroc), Oran, Alger (Algérie),Tunis (Tunisie), où nous embarquons nos passagers, Port Saïd, Canal de Suez, Suez (Egypte), Djeda, (Arabie Saoudite).

Là nous débarquons nos passagers, pour qu' ils se rendent à la Mecque. Nous devions retourner mouiller à Suez (Egypte), et, attendre que nos passagers reviennent à Djeda (Arabie Saoudite). Mais notre compagnie en jugea autrement, en passant un accord avec une compagnie Anglaise chargé des Égyptiens.

La Mecque
La Mecque, La KAABA
Des pèlerins entrain de prier à la mosquée Haram à la Mecque. Dans cette mosquée, il y a la Kaaba (l'édifice cubique noir sur la photo) vers laquelle se tournent les musulmans pour prier. La Kaaba est le sanctuaire que Dieu a ordonné aux prophètes Abraham et son fils, Ismaël, de construire.
 
Nous embarquions donc les Égyptiens à Djjeda, puis nous les conduisions à Eltor situé a une journée de Djjeda, là les passagers étaient débarqués, passaient dans un camp de désinfection, les malades étaient conduits, nous le supposons, à l'hôpital, les autres étaient désinfectés, puis ils rembarquaient sur un navire Anglais qui les ramenait en Egypte. Nous fîmes trois voyages, en quarantaine partout, pour cause de peste, choléra, typhus, nous ne pouvions ni aller à terre, ni envoyer du courrier. Nous manquions d'eau, il fallait rationner, ce qui n'était pas toujours compris par les passagers. Après ces trois voyages cauchemardesques, nous embarquons nos ressortissants pour les ramener chez eux. Nous avons fait le même détours par Eltor, où, les passagers ont été triés , désinfectés, il va de soi que le bâtiment était également désinfecté , et que nous avions du DTT partout. Aucun membre de l'équipage ne fut malade, nous étions bien vaccinés. Nos familles sont restées sans nouvelles de nous durant toute la deuxième partie du voyage. Nous avons eu une trentaine de décès parmi les passagers Égyptiens. Un décès parmi nos passagers d'Afrique du Nord.
Le bâtiment n'étant pas équipé pour conserver des cadavres ceux ci furent cousus dans une toile et lestés afin qu'ils coulent, puis jetés à la mer. En arrivant à Marseille, la compagnie nous offrit une prime royale de 5000 frs ( 50 frs actuel ), pour la dureté du voyage.
Après ce beau voyage je jurai que si je le pouvais je ne naviguerai plus.
Congé du 03 octobre au 07 décembre 1953.
 
S N C F
 J'essayais de faire mon service militaire dans l'armée de terre, mais lorsque l'on découvrit que j'étais inscrit maritime définitif, on me fit comprendre que j'étais obligé de faire ce service dans la Marine National.
Après deux mois de chômage non rémunéré, la mairie de Manosque me trouva du travail comme poseur de voie pour une entreprise de passage dans la région qui travaillait en sous-traitance pour la SNCF. Je commençais par tasser les graviers sous les traverses de la voie lorsque l'on changeait les traverses et les rails. Puis je fus remarqué par l'ingénieur, il me proposa de passer dans l'équipe qui changeait les rails. Rémunération 100 francs au lieu de 90 francs (1,00 frs actuel au lieu de 0,90 frs ) de l'heure. Inutile de dire que j'acceptais immédiatement, 10% d'augmentation ne se refuse pas. Pour changer un rail nous étions une équipe d'une vingtaine d'hommes, nous prenions le rail avec des pinces que l'on prenait à deux hommes. Il fallait donc pour que cela marche bien, que toute l'équipe réponde aux commandements avec ensemble, et pour cela que les ordres soient bien donnés. Notre équipe fonctionnait mal parce que notre chef d'équipe commandait mal. Un jour je me mis en colère et pris la direction de l'équipe. Cela marcha très bien, on travaillait bien et on avançait vite. Lorsque j'allais prévenir l'ingénieur, que j'étais convoqué pour faire mon service militaire, celui ci me proposa de me prendre à la fin de mon service comme chef d'équipe. Je n'avais alors que 20 ans. Je ne suis jamais revenu dans cette entreprise pour cause de travail nomade. Ils se déplaçaient sans arrêt de ville en ville suivant le travail.
Je quittai ce boulot pour aller faire mon service militaire. Bien qu'étant soutien de famille, avec une épouse et un enfant à charge, je ne fus pas dispensé, et mon épouse reçu 60,00 frs par mois pour vivre elle et notre fille, je gagnais à l'époque lorsque je travaillais 250,00 frs par mois. Pendant 18 mois mon épouse et ma fille ont survécues.
On peut remarquer, que sur cinquante trois mois de marine marchande, je n'ai travaillé que trente deux mois, et vingt et un mois de chômage non rémunéré.