ANIMAUX
 
Berger 1: Première expérience de responsabilité.
Pyrame: Chien berger des Pyrénées.
Berger 2: (cul pelé), petit bélier.
Pentecôte: Petit âne.
Perdrix: Petit perdreau.
 
Berger 1:
Au début de ma vie, mon premier travail fut celui de berger, pendant les vacances scolaires: à Aïn -T'émouchent la première fois en 1941, et à Saint Cloud la seconde fois, en 1944.
Mon père était commis d'une ferme, d'environ quatre vingt hectares, de céréales et de vignes, prés d'Aïn T'émouchent pendant l'été de 1941. C'est là que je gardai mon premier troupeau. Celui ci se composait d'environ une vingtaine de moutons, et de cinq vaches. Les moutons partaient d'un coté, et les vaches de l'autre. J'avais beaucoup de mal à les faire rester ensemble. Mais mon plus gros problème, était d'empêcher les vaches de renverser des meules de paille, que l'on avait montées après le battage des céréales. En effet les vaches se mettaient de temps en temps en colère, on appelait cela "le tou couc", elles baissaient la tête, redressaient la queue, et partaient en courant droit devant elles. Elles renversaient tout ce qu'elles rencontraient. Mon père m'avait dit, "fais comme tu voudras, mais je ne veux plus voir de meules renversées". Je courais, si j'en avais la possibilité, vers la meule qui devait se trouver sur le trajet de l'animal, et bien campé sur mes petites jambes, j'attendais l'arrivée de la bête. Je lui donnais un coup de fouet sur le museau ce qui la détournait de son trajet, et la meule restait intacte. J'avais respecté les consignes, et j'en étais fier.
Un jour, une brebis tomba les quatre pattes en l'air, et resta coincée dans une ornière très creuse. La bête devait peser une trentaine de kilos, impossible de la remettre debout, de la bouger, et le reste du troupeau s'éloignait. Je ne pouvais pas abandonner l'accidentée, car je ne me voyais pas disant à mon père que j'avais perdu une brebis. Mais si je restais là, je risquais de perdre tout le troupeau. Dans les deux cas, j'avais un problème qui me paraissait insoluble. Il ne faut pas oublier que je n'avais que sept ans. Je pleurais assez bruyamment, un indigène qui passait à proximité m'entendit, et de loin me demanda ce qui pouvait mériter un tel chagrin. Après mes explications il s'approcha, et me remit facilement la brebis sur ses pattes. Nous partîmes aussitôt en courant, après avoir remercié notre sauveur, vers le troupeau qui continuait de s'éloigner. Je rentrai à la ferme avec tout mon troupeau, heureux du travail accompli.
 
 Pyrame (chien berger des Pyrénées).
 Lorsque je gardais un troupeau à Aïn -T'emouchent, j'avais un chien berger des Pyrénées "Pyrame", celui ci m'aidait assez efficacement, mais n'était pas très sociable. Nos relations étaient strictement pour le travail. Ils ne faisait aucun cas des femmes et des enfants, mais dés qu'un étranger à la ferme, masculin de surcroît, se présentait, il n'hésitait pas à se jeter sur lui. Le chemin était privé, et personne n'avait le droit de passer. Il fallait faire très attention. Pendant l'été on le tondait, car il avait un poil long qui lui tenait chaud. Un jour mon père surveillait la tonte, bien que le chien fût muselé. Il fut appelé par un ouvrier, il partit donc vers l'endroit d'où venait l'appel. À peine avait il tourné le dos, qu'il entendit crier, il se retourna vers le chien et son tondeur, ce dernier était par terre, le chien sur lui qui essayait en vain de le mordre car il avait la muselière.
Ce chien était à la ferme lorsque nous somme arrivés. Mon père voulut le garder. Comme tous deux, (le chien et mon père), avaient beaucoup de caractère, leurs différents se réglaient souvent par des bagarres. On avait l'impression d'assister à un duel, dompteur-lion. Ma mère faisait son ménage, comme toute bonne ménagère et le chien se trouvait sous la table de la salle à manger, car il y faisait frais. Gentiment, car il fallait faire attention de ne pas le froisser, ma mère le pria de sortir, comme il ne bougeait pas, ma mère le poussa du pied. Il attrapa délicatement la pantoufle, et tira, ma mère se retrouva le cul par terre, et le chien sortit.

Je pense qu'il voulait montrer qu'il obéissait, mais que c'était lui le maître.

On avait un endroit clos d'environ trois où quatre cents mètres carrés. Dans cet enclos des lapins en liberté, faisaient des terriers, et on les voyait constamment courir.

Lorsqu'on voulait rire un peu, on faisait rentrer Pyrame avec les lapins. Il se mettait à courir dans tous les sens, au bout d'un
moment, fatigué et haletant, il s'arrêtai, les lapins comprenant qu'ils ne risquaient rien lui passaient sous le nez, mais il n'en a jamais attrapé.
Un jour le patron de la ferme qui était de passage, se sentit menacé par Pyrame, il alla prendre son fusil et le tua. Bien que n'ayant eu aucun contact sentimental avec ce chien, cela me fit tout de même de la peine, car pour le travail de berger, il m'avait souvent été d'un grand secours. 
 
Berger2 : Cul pelé
À Saint Cloud, pendant l'été de 1944 mon père loua un jardin potager, disons d'environ deux hectares. Il acheta un troupeau d'une trentaine de moutons, à moitié morts, ne tenant plus sur leurs jambes, pour presque rien. En effet ces moutons arrivaient du sud Algérien, où il devait y avoir la sécheresse, et les troupeaux mouraient de faim. Lorsque l'on amena les bêtes vers le jardin, où je devais les garder, il fallait remettre sur pieds, tous les vingt mètres, des animaux qui s'effondraient.
J'avais dix ans et l'expérience du métier de berger. Aussi repris-je ce travail, avec beaucoup plus de décontraction, et disons-le, avec plaisir.
Je me fis assez rapidement un petit copain qui devint mon compagnon de jeu.

C'était un petit bélier, qui avait une tonsure sur le train arrière, deux petites cornes, et que je baptisai "cul pelé". En très peu de temps nous devînmes inséparables. Il y avait un champ où l'on avait récolté des oignons; après la récolte, il y a toujours des oubliés.

Les moutons aimaient beaucoup les oignons, mais comme

ceux ci étaient enterrés, ils avaient du mal à les déterrer. Alors lorsque je repérais un oignon, je me mettais à quatre pattes, et j'appelais " cul pelé ". Aussitôt le petit bélier levait la tête, et me cherchait. Dés qu'il m'avait repéré, il arrivait en courant, sachant bien entendu qu'il y avait une friandise à déguster.
Il essayait de faufiler son museau, afin de saisir l'oignon que j'avait déterré et que je cachais de mon corps. Comme il n'y arrivait pas, il semblait se mettre en colère, partait en reculant à une dizaine de mètres, comme le font les béliers lors d'affrontements. Puis il revenait en courant pour me donner un coup de cornes. Arrivé à ma hauteur, il me caressait, avec douceur, de sa tête, sans me faire mal. Après ce geste amical, je le récompensais, en lui donnant l'oignon. Il partait en gambadant, comme savent le faire les petits moutons. Ce jeu, il le comprit très vite, et lorsque je l'appelais, il savait qu'il y avait toujours une récompense, un légume, un grappillon de raisin, un oignon, enfin beaucoup de gourmandises dont il raffolait.
Naturellement c'était le plus beau mouton de tout le troupeau. Un jour mon père arrive où je gardais les bêtes. Il me dit "René, on va manger du mouton " et il se met à chercher lequel il faudra sacrifier. Mon cœur se mit à battre la chamade, car pour moi "cul pelé" était le plus beau mouton du troupeau, j'avais donc peur que mon père soit du même avis. Naturellement c'est ce qui arriva. "Cul pelé" fut considéré comme le plus gras, donc le plus comestible. Mes protestations n'y changèrent rien, et "cul pelé"fut exécuté. Il n'est pas nécessaire de dire que je n'y goûtais pas, et que je vouais à mon père, en ces instants, des sentiments inavouables.
Je soignais tellement bien le troupeau, que deux mois plus tard, celui ci était magnifique. Mon père le revendit avec un bénéfice substantiel. 
 
Pentecôte: Petit âne. 
 Lorsque nous sommes arrivés en France, en 1947, nous avons habité une petite ferme. Mon père acheta une ânesse, très bon marché, car elle avait "le gros ventre". Cela arrivait lorsqu'une bête mangeait de l'herbe trop fraîche. Elle était donc malade, du moins le croyait on, et on ne savait pas si elle vivrait longtemps. Je faisais des courses folles sur son dos, qui n'était d'ailleurs pas très confortable. 
Un matin, nous entendîmes mon père crier," les enfants venez voir ici, qui a fait ça". Inutile de dire que lorsque mon père prenait ce ton, il valait mieux arriver au plus vite. Il se trouvait devant l'écurie où était l'ânesse. Nous arrivâmes donc, mon frère et moi, en disant, "ce n'est pas moi, c'est lui ". Ce qui sous entendait, "je n'ai

 

rien fait, c'est mon frère ". En effet si je n'avais rien à me reprocher, et qu'il y avait une bêtise de faite, ce ne pouvait être que mon frère. Même pensée du côté de mon frangin. Enfin nous arrivons de concert devant l'écurie, et que voyons nous auprès de l'ânesse? un petit ânon magnifique. Alors que la mère avait une couleur gris sale, pas belle du tout, le petit était, marron, noir, blanc, il était, et je me répète magnifique. Peut être qu'entre ânes, on s'entend bien, mais nous eûmes l'un pour l'autre, un coup de foudre, et nous devînmes les meilleurs amis du monde. Inséparables nous passions ensemble le plus de temps que je pouvais. Je caracolais sur le dos de la mère, et Pentecôte tournait autour, un jour comme il ruait de plus belle, il me donna un coup de pied sur le tibia, qui me laissa boiteux plusieurs jours. Je ne lui en ai aucunement voulu, car il ne l'avait pas fait exprès. Lorsque l'on fait trop les fous, il arrive des accidents. Je faisais semblant de téter sa mère, il arrivait aussitôt, et avec son museau, me poussait pour prendre le pis que je tétais, alors qu'il y en avait un deuxième, c'est le mien qu'il voulait, même s'il n'avait pas faim. Il baissait les oreilles, et secouait la tête, pour me montrer son mécontentement.
J'allais au village, qui se trouvait à cinq kilomètres, faire les commissions. Lorsque je revenais, et que je me trouvais à un kilomètre de la ferme, je sifflais, et j'appelais Pentecôte. Celui ci arrivait très rapidement, je lui donnais une friandise," un morceau de pain, un sucre, un morceau de chocolat ", enfin beaucoup de choses qu'il avait l'air d'apprécier. Et nous rentrions, en nous courant après, comme deux grands copains.
Ce fut pour moi un compagnon de jeu, aussi agréable que "cul pelé" le petit bélier. Naturellement, lorsqu'il ne téta plus, mon père le vendit, et cela me fit autant de peine que lors de ma séparation, avec "cul pelé". Peut être un peu moins, car son sort avait été meilleur, il n'était pas mort.
Un jour mon Père installa un fil de fer barbelé, pour empêcher les ânes de s'éloigner. Il ne m'avait pas prévenu. Je courais donc, comme de coutume, avec Pentecôte, Le soir tombait, et on ne voyait plus très clair.
Je fût brutalement stoppé par le fil de fer barbelé, à hauteur de la bouche . Les pointes me traversèrent les joues. J'arrivais à la ferme, plein de sang. Ma mère affolée se demandait comment j'avais pu faire ça. En ce temps là, on ne voyait jamais les médecins. Cela s'est très bien cicatrisé, tout seul, ne me laissant aucune cicatrice trop visible. Celles ci apparaissent maintenant avec les rides. J'ai eu beaucoup de chance, car dix centimètres plus haut, j'aurais pu être aveugle. 
 
Perdrix : Perdrix Grises
L'année précédent notre retour en France, donc en 1946, nous nous promenions mon frère et moi, dans la campagne. Subitement, nous apercevons, courant dans un fossé , trois petits perdreaux.

Ceux ci étant seuls, sans leur mère, il était fort probable que celle ci avait été tuée. Donc les petits étaient voués à une mort certaine. Mon frère et moi, décidâmes de les attraper. Ce qui fut fait. Nous les mîmes dans une cage. Un seul survécut.

C'était une perdrix, car elle avait de jolis couleurs à l'âge adulte, et seule la femelle de cette espèce a de jolis couleurs. Elle s'éleva très bien en notre compagnie
Lorsque nous revînmes en France en 1947, nous emmenâmes la perdrix avec nous. À la ferme où nous habitâmes, la perdrix était comme les poules, en liberté, elle ne partait pas. Elle était souvent dans la cuisine, allongée, l'aile étendue, en train de se chauffer au soleil. Lorsque je voyais une mouche, je faisais un bruit comme lorsque l'on embrasse quelqu'un. La perdrix savait que je l'appelais. elle arrivait, je lui montrais où était la mouche. Elle allait tout prés, se mettait à se dandiner d'une patte sur l'autre, puis elle attrapait la mouche. Il était rare qu'elle manqua son coup.
Un jour de printemps, alors que nous entendions les perdrix sauvages s'appeler. notre perdrix disparut. Nous la retrouvâmes, pas très loin de la ferme, morte. En effet, étant habituée à être nourri, elle était incapable de se nourrir toute seule.